Le programme positif du manifeste insiste : « le dispositif ne crée pas seul un marché plus souverain. Il nécessite la mobilisation des acheteurs, qui sont les véritables arbitres. » Tant que les acheteurs ne demandent pas, les fournisseurs n’ont pas de raison de publier. Tant que les investisseurs ne questionnent pas, les startups n’intègrent pas la souveraineté à leur trajectoire. La demande structurée d’engagements est le levier qui ferme la boucle.
Quatre engagements organisent cette pression du côté demande.
Côté organisations utilisatrices, deux engagements complémentaires. Intégrer le Profil de souveraineté dans les processus de référencement (cf. fiche user-002) — au même titre qu’un dossier RGPD ou un certificat ISO 27001, demander aux fournisseurs candidats leur Profil et leur déclaration des angles morts assumés, et faire de l’absence un signal négatif explicite. C’est l’engagement le plus structurant côté demande : il transforme la souveraineté de critère informel en critère contractuel. Exiger les Profils de toute la chaîne (cf. fiche user-007) — éditeur, hébergeur, intégrateur — parce qu’un seul maillon non transparent suffit à compromettre la souveraineté d’ensemble. La transparence en cascade est une exigence raisonnable, dont le coût est nul si les fournisseurs ont déjà fait le travail.
Côté investisseurs et fonds européens (cf. fiche fund-001), intégrer la dimension souveraine à la due diligence — composants tiers stratégiques, juridiction de gouvernance, structure capitalistique, dispositifs de continuité — au même niveau que la due diligence financière, juridique ou technique. La souveraineté n’est pas un nice-to-have philosophique ; pour des cibles d’investissement européennes, c’est un facteur de risque géopolitique mesurable.
Enfin, côté organisations utilisatrices à grande exposition single-vendor, l’engagement étudier sérieusement la migration (cf. fiche user-004) hors d’une dépendance critique single-vendor — Redis, MongoDB, Elastic, HashiCorp Vault, Terraform, etc. — n’est pas seulement une préparation interne au risque. C’est aussi un signal au marché : quand plusieurs organisations européennes étudient simultanément Valkey, OpenSearch ou OpenBao, l’écosystème de ces alternatives se renforce — retours d’expérience, contributions, demandes de fonctionnalités, mainteneurs payés.
Ces quatre engagements partagent un effet : ils transforment la souveraineté en attente de marché plutôt qu’en revendication militante. Le travail des fournisseurs, des fondations, des contributeurs — tout ce que les autres thèmes traitent — n’aboutit pleinement que si la demande l’appelle. Cette page est le versant côté acheteur de l’ensemble du dispositif.