Allouer une part documentée de nos investissements au soutien de projets open source européens ou de fondation neutre#
De quoi s’agit-il concrètement#
Cet engagement consiste à compléter votre démarche d’investissement en capital par une démarche complémentaire de soutien direct à des projets open source sous gouvernance européenne ou de fondation neutre multi-vendor. La part allouée — une fraction de vos actifs sous gestion ou un montant absolu — peut prendre plusieurs formes : dons à des fondations stratégiques (NLnet, Linux Foundation Europe, Eclipse Foundation, Document Foundation, Codeberg e.V.), financement de programmes de mainteneurs salariés sur des briques critiques européennes, contrats pluriannuels de soutien à des projets open source qui ne sont pas eux-mêmes des sociétés susceptibles de lever des fonds (typiquement, des projets de fondation neutre où la gouvernance interdit l’appropriation par un investisseur).
L’engagement reconnaît que tout n’est pas finançable par le capital-risque. Une bibliothèque cryptographique critique, un projet de chiffrement DNS, un standard de format ouvert, un outil de développement essentiel : ces briques structurantes ont besoin de financement durable mais ne sont pas des entreprises. Sans soutien spécifique des financeurs, elles dépendent du bon vouloir des donateurs individuels et des contributeurs bénévoles, ce qui n’est pas tenable à long terme.
L’engagement implique une publication annuelle de la démarche : montant alloué, bénéficiaires, raisonnement.
Pourquoi cet engagement compte#
Le manifeste consacre la thèse 8 à cette dimension : « l’autonomie technologique repose moins sur les licences que sur les personnes : sans une masse critique de mainteneurs payés pour entretenir les briques critiques, le libre devient une dette technique financée par d’autres que nous. » Et la thèse 11 enchaîne : « une politique sérieuse de souveraineté numérique européenne se reconnaît à son investissement dans les fondations, les mainteneurs et les infrastructures de distribution. »
Le marché du financement, en Europe comme ailleurs, est massivement orienté vers le capital-risque sur des sociétés à forte croissance. Les briques d’infrastructure logicielle qui ne génèrent pas elles-mêmes de croissance VC-able sont structurellement sous-financées. C’est l’un des paradoxes les plus structurants de l’écosystème open source : les briques les plus critiques pour l’économie numérique sont souvent les plus mal financées. OpenSSL en est l’exemple historique, dont la fragilité de financement avant la crise Heartbleed en 2014 a alarmé toute l’industrie ; les leçons en ont été partiellement tirées par la création de la Core Infrastructure Initiative, mais la dynamique de fond demeure.
Pour un investisseur, cet engagement complémentaire a plusieurs vertus. Il protège la valeur du portefeuille existant : les entreprises de votre portefeuille dépendent typiquement de ces briques sous-financées, dont la défaillance les fragiliserait. Il vous distingue dans un marché concurrentiel : la thèse d’investissement « souveraineté » est en train de devenir un marqueur de positionnement. Il participe à la construction d’un écosystème européen où les futures opportunités d’investissement émergeront.
Exemple concret de mise en œuvre#
Un fonds européen de capital-risque thématique (souveraineté technologique européenne) avec 220 millions d’euros sous gestion prend cet engagement en avril 2026 avec un horizon de 18 mois. La direction du fonds définit un objectif de 0,5 % des actifs sous gestion alloué sur trois ans à des projets open source non-VC-ables, soit 1,1 million d’euros répartis sur 36 mois (environ 367 000 euros par an).
La répartition est définie en concertation avec un comité technique composé de mainteneurs européens reconnus. Un soutien pluriannuel de 80 000 euros par an est apporté à NLnet Labs (qui maintient des infrastructures DNS critiques). 60 000 euros par an sont versés à la Document Foundation (LibreOffice). 50 000 euros par an financent un programme de mainteneurs salariés européens sur des bibliothèques cryptographiques critiques, en partenariat avec Sovereign Tech Fund. 100 000 euros par an sont alloués à un appel à projets « infrastructure open source européenne » géré par le fonds avec un jury indépendant. 77 000 euros par an constituent une réserve pour des soutiens ponctuels en réponse à des urgences (par exemple, financement d’urgence d’un mainteneur en risque de burn-out sur une brique critique).
Le fonds publie chaque année un rapport public détaillé sur l’allocation et les bénéficiaires. La démarche est intégrée à la documentation commerciale du fonds et à ses présentations aux LP, et constitue un argument différenciant dans la levée de son fonds suivant.
Anti-pattern à éviter#
Un don ponctuel et symbolique communiqué sur les réseaux sociaux mais non reconduit ne tient pas l’engagement, qui suppose une part documentée et durable. Une concentration totale sur un seul projet visible (logique de marketing) plutôt qu’un soutien diffus à plusieurs briques critiques rate l’objectif systémique. Une formulation vague (« nous soutenons l’écosystème open source européen ») sans chiffres ni bénéficiaires nommés ne constitue pas une déclaration tenable.
Indicateurs de réussite#
À l’horizon de 18 mois, vous pouvez raisonnablement considérer cet engagement tenu si vous avez défini une part chiffrée des actifs sous gestion ou un montant absolu alloué annuellement, si les versements ont été effectués à au moins trois bénéficiaires distincts représentatifs de l’écosystème, si la démarche est documentée publiquement, et si une procédure annuelle de reconduction est définie.
→ Documenté dans le dossier#
- Famille 2 — Fondations sous juridiction étrangère
- Famille 4 — Concentration des contributions
- Famille 5 — Contre-exemples positifs
Catégorie dans le schéma JSON : funding. Horizon par défaut : 18 mois. Applicable à : entreprises, administrations publiques, fondations.