Reverser une fraction documentée de vos revenus professionnels au financement direct des mainteneurs open source#
De quoi s’agit-il concrètement#
Cet engagement consiste à allouer chaque année une fraction documentée de vos revenus professionnels — un pourcentage modeste de votre revenu annuel ou un montant absolu — au financement direct des mainteneurs des projets open source dont vous dépendez professionnellement. Les modalités principales : sponsoring direct de mainteneurs individuels via GitHub Sponsors, Liberapay ou Open Collective ; dons à des fondations européennes (NLnet, Document Foundation, Codeberg e.V., Eclipse Foundation Europe) ; contrats de support commercial avec des entreprises qui rémunèrent des mainteneurs.
Une fraction même modeste suffit pour formaliser l’engagement. Un développeur freelance qui dégage 60 000 euros de revenu annuel et qui alloue 0,5 % de ce revenu à du sponsoring open source verse 300 euros par an, ce qui correspond typiquement à 5 mainteneurs sponsorisés à 5 euros par mois sur GitHub Sponsors. C’est modeste à l’échelle individuelle, mais multiplié par plusieurs milliers de développeurs européens, c’est substantiel à l’échelle écosystémique.
L’engagement implique une publication de la démarche — pas nécessairement le détail nominatif, mais au moins le principe (fraction allouée, type de bénéficiaires, fréquence). Cette publication la distingue d’un don ponctuel et lui donne sa valeur de signal.
Pourquoi cet engagement compte#
La thèse 8 du manifeste fonde cet engagement : « l’autonomie technologique repose moins sur les licences que sur les personnes : sans une masse critique de mainteneurs payés pour entretenir les briques critiques, le libre devient une dette technique financée par d’autres que nous. » Vous bénéficiez quotidiennement du travail de mainteneurs souvent non rémunérés, qui maintiennent des bibliothèques sans lesquelles votre métier serait impossible. Sans soutien diffus, ces mainteneurs s’épuisent ou abandonnent. Les incidents de janvier 2022 sur colors.js et faker.js, où un mainteneur a volontairement saboté ses propres bibliothèques par frustration de la non-rétribution, illustrent la fragilité de cet équilibre.
L’effet collectif est massif. Quand plusieurs centaines de développeurs européens versent ne serait-ce que 0,3 à 1 % de leurs revenus, cela représente des centaines de milliers d’euros annuels qui financent des mainteneurs et des fondations. Cette logique de soutien diffus est précisément ce que la thèse 11 du manifeste appelle de ses vœux : « une politique sérieuse de souveraineté numérique européenne se reconnaît à son investissement dans les fondations, les mainteneurs et les infrastructures de distribution. »
L’engagement complète bien dev-003-contribute-european-projects. Quand vous ne pouvez pas allouer du temps de contribution, vous pouvez allouer du financement. Les deux soutiens sont complémentaires : le code seul ne nourrit pas les mainteneurs, le financement seul ne maintient pas le code.
Exemple concret de mise en œuvre#
Un développeur backend salarié dans une PME française, dont le revenu annuel net atteint environ 48 000 euros, prend cet engagement en mai 2026 avec un horizon de 6 mois. Il définit un objectif de 0,75 % de son revenu net annuel, soit 360 euros par an. La répartition est élaborée à partir de sa stack quotidienne. Quatre mainteneurs sont sponsorisés via GitHub Sponsors pour 5 euros par mois chacun (240 euros sur l’année) : un mainteneur de FastAPI, un mainteneur de SQLAlchemy, un mainteneur d’un client Redis Python qu’il utilise quotidiennement, un mainteneur d’une bibliothèque de tests qu’il apprécie. Un don annuel de 60 euros est versé à NLnet Labs (qui maintient des infrastructures DNS critiques). Un don de 60 euros est versé à la Document Foundation (LibreOffice).
À l’issue des 6 mois, la mise en place est effective et les versements sont automatisés mensuellement. Le développeur publie sur son site personnel un court billet qui décrit la démarche, sans nommer les mainteneurs sponsorisés (pour des raisons de discrétion), mais en partageant le principe et le raisonnement. Trois lecteurs lui mentionnent dans les semaines qui suivent qu’ils ont mis en place une démarche équivalente.
Anti-pattern à éviter#
Un don ponctuel sans suivi (par exemple, « j’ai donné 50 euros une fois à OpenSSL ») ne constitue pas l’engagement tel qu’il est formulé, qui suppose une régularité et une fraction documentée. À l’inverse, un objectif chiffré non tenu (« je m’engage à 2 % de mes revenus » puis aucun versement effectif) est un anti-engagement. La valeur tient à la modestie et à la régularité plus qu’à l’ambition affichée.
Indicateurs de réussite#
À l’horizon de 6 mois, vous pouvez raisonnablement considérer cet engagement tenu si vous avez défini une fraction chiffrée de vos revenus, mis en place les versements (idéalement automatisés), et publié le principe de la démarche sur votre site ou dans votre communauté. À long terme, l’engagement prend forme avec la reconduction annuelle et l’éventuel ajustement de la fraction à mesure que vos revenus évoluent.
→ Documenté dans le dossier#
Catégorie dans le schéma JSON : funding. Horizon par défaut : 6 mois. Applicable à : déclarations individuelles uniquement.