Le manifeste défend une thèse forte : « la souveraineté numérique est devenue un mot d’ordre sans grammaire » (thèse 1). La grammaire que ce dispositif propose passe par un acte préalable : rendre lisible. Avant de juger, mesurer ; avant de mesurer, voir. La lisibilité est la condition préalable à toute évaluation honnête, à toute cartographie, à toute décision d’achat éclairée.
Sept engagements organisent cette lisibilité, à différents niveaux de la chaîne.
Au cœur du dispositif : la publication d’un Profil de souveraineté (cf. fiche pub-001). Sept domaines, format public standardisé, mise à jour annuelle, hébergement à un emplacement canonique du domaine du déclarant. C’est l’engagement-pivot dont les autres dérivent — pas un label, pas une certification, juste un document structuré qui rend lisible ce que les déclarations marketing taisent.
Pour les fournisseurs, deux engagements complémentaires. Qualifier honnêtement le discours commercial (cf. fiche pub-004) : distinguer publiquement les projets de fondation neutre multi-vendor (PostgreSQL, Linux, Valkey, OpenTofu) des projets single-vendor avec édition entreprise (Redis Inc., HashiCorp, Elastic, MongoDB) et des solutions propriétaires fermées. La distinction n’est pas un jugement de valeur — chaque modèle a sa légitimité — mais une information dont le client a besoin pour décider. Publier la liste des composants stratégiques avec leur juridiction de gouvernance (cf. fiche pub-006) : c’est l’expansion concrète du domaine 1 du Profil, qui transforme une déclaration en cartographie navigable.
Côté développeurs, deux engagements miroirs. Documenter la juridiction des dépendances dans les projets professionnels (cf. fiche dev-002) — un README ou un fichier SOVEREIGNTY.md qui rend lisible, pour l’équipe et pour les futurs lecteurs, le pays de gouvernance des briques tierces. Documenter ses choix de stack personnelle (cf. fiche dev-005) — sur un blog, dans un README de profil, sur une page personnelle — c’est la version individuelle de la même grammaire : les choix techniques personnels sont des actes politiques discrets dont la pédagogie agrégée pèse.
Côté investisseurs (cf. fiche fund-003), publier la thèse d’investissement souveraine du fonds — comment la dimension souveraine est intégrée à la due diligence, aux critères de sélection, aux exigences post-investissement. C’est rendre visible, à l’échelle des décisions de financement, la grammaire que le manifeste défend.
Côté utilisateurs (cf. fiche user-001), l’audit interne des dépendances est le préalable à toute action : on ne peut pas réduire son exposition à ce qu’on ne connaît pas. C’est aussi l’engagement qui ouvre le dispositif côté utilisateur, et qui permet ensuite d’aborder les autres engagements en connaissance de cause.
Pris ensemble, ces sept engagements alimentent une cartographie collective : l’observatoire des lacunes que le programme positif du manifeste appelle de ses vœux. Chaque déclaration individuelle nourrit l’agrégation ; chaque cartographie nourrit la décision publique d’investissement, le consortium privé, le projet open source européen.
Pour la documentation des concentrations actuelles révélées par les Profils déjà publiés, voir l’annexe Famille 4 — Concentration des contributions.