SovereigntyGap.

Préparer un dispositif de continuité opérationnelle activable en cas de cessation

Préparer une trajectoire d'exploitation continue pour vos clients en cas de cessation, par accord de reprise, fonds sectoriel ou reprise mutuelle.
Lecture estimée : ~4 minutes. Fiche d’engagement publiée dans le programme positif du manifeste, déclarable depuis le Profil de souveraineté.

Préparer un dispositif de continuité opérationnelle activable en cas de cessation — transfert organisé de la relation client, fonds de garantie sectoriel, ou accord de reprise mutuelle entre confrères#

De quoi s’agit-il concrètement#

Cet engagement va au-delà de la promesse d’export et au-delà du séquestre logiciel. Promettre que le client pourra récupérer ses données ne suffit pas s’il n’a, le jour de la cessation, aucune trajectoire pour continuer à exploiter le service. Le séquestre lui livre un code, l’export lui livre des données ; il lui manque l’exploitation. Cet engagement consiste à préparer, en amont et de façon documentée, une trajectoire d’exploitation continue activable en cas de défaillance ou de cessation de l’éditeur.

Trois mécanismes alternatifs ou cumulatifs sont possibles : (a) un accord de reprise identifié avec un confrère du même secteur qui s’engage, par contrat-cadre, à reprendre les clients en cas de défaillance — l’accord précise les conditions tarifaires de reprise, le périmètre de migration, la période de transition ; (b) un fonds de garantie sectoriel mutualisé entre éditeurs d’un même domaine, qui finance la continuité d’exploitation pendant une période de transition (modèle inspiré des fonds de garantie de la banque ou de l’assurance, où le sinistre d’un acteur est absorbé collectivement) ; (c) un accord de reprise mutuelle entre deux ou trois éditeurs concurrents qui s’engagent à se reprendre mutuellement les clients en cas de cessation de l’un d’eux. Cet engagement éclaire directement le domaine 5 du Profil de souveraineté (continuité) et a un effet structurant sur le secteur lui-même.

Pourquoi cet engagement compte#

La thèse 13 du manifeste fonde cet engagement : « la souveraineté technologique n’est pas une fin. Elle est la condition pour qu’une organisation — entreprise, administration, particulier — puisse continuer à exploiter ses données et à mener ses opérations, quels que soient les événements : défaillance d’un fournisseur, conflit géopolitique, sanctions, rachat hostile, bascule unilatérale d’un éditeur. C’est un droit, pas un confort. » L’expression « continuer à exploiter ses données et à mener ses opérations » est centrale ici : elle ne dit pas « pouvoir récupérer ses données », mais bien continuer à les exploiter. Le dispositif de continuité opérationnelle est ce qui rend ce droit effectivement exerçable.

Cet engagement participe de la nouvelle section « Les conditions d’équivalence pour le propriétaire » de la page À propos. La condition « continuité opérationnelle » est la cinquième et l’une des plus exigeantes : elle ne peut être prise au sérieux qu’avec un partenaire ou un dispositif sectoriel identifié, donc elle force l’éditeur à sortir de l’isolement dans lequel le modèle propriétaire l’enferme habituellement. Elle complète logiquement pub-005-establish-software-escrow (continuité du logiciel) et pub-009-standard-reversibility-clause (continuité des données) en y ajoutant la continuité de l’exploitation. Le précédent du secteur bancaire (Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution) ou assurantiel (FGAO) montre que ces dispositifs collectifs sont possibles dans des secteurs où la défaillance d’un acteur a des effets systémiques sur ses clients — le numérique sectoriel critique en relève.

Exemple concret de mise en œuvre#

Trois éditeurs français de SaaS RH pour les ETI, totalisant ensemble environ 800 clients et 250 salariés, prennent cet engagement en mai 2026 avec un horizon de 24 mois. La trajectoire est progressive. Au bout de six mois, un protocole d’accord de reprise mutuelle est signé : chacun des trois s’engage à reprendre, en cas de défaillance d’un autre, ses clients pendant une période de transition de douze mois, à des conditions tarifaires plafonnées et avec un format de migration documenté. Les conditions techniques sont également précisées : compatibilité partielle des modèles de données, intervention d’un prestataire de migration agréé pour les écarts.

Au bout de dix-huit mois, le protocole est complété par un fonds de garantie sectoriel modeste, abondé chaque année à hauteur de 1 % du chiffre d’affaires logiciel des trois éditeurs, géré par une association sectorielle indépendante. Le fonds couvrirait, en cas de défaillance, les frais de reprise pendant la période de transition, ainsi qu’une partie des coûts de migration pour les clients. À l’horizon des 24 mois, l’accord est public, mentionné explicitement dans les contrats clients et dans le Profil de souveraineté de chacun des trois éditeurs. Plusieurs clients du secteur public déclarent que cette mutualisation a pesé positivement dans la consolidation de leurs choix de souverains.

Anti-pattern à éviter#

Un engagement de continuité formulé en termes vagues (« nous nous engageons à proposer à nos clients une trajectoire de migration en cas de cessation »), sans partenaire identifié, sans dispositif documenté, sans circuit de financement, n’est qu’une intention. Un accord de reprise signé mais jamais testé ni actualisé devient inopérant à mesure que les périmètres techniques divergent. Un fonds de garantie annoncé mais non abondé, ou abondé sans gouvernance indépendante, ne tient pas la promesse. Enfin, un dispositif réservé aux clients « stratégiques » au lieu de couvrir l’ensemble du parc client introduit une discrimination contraire à l’esprit de l’engagement.

Indicateurs de réussite#

À l’horizon des 24 mois, vous pouvez raisonnablement considérer cet engagement tenu si un dispositif concret est en place (accord de reprise signé, fonds de garantie abondé, ou accord mutuel formalisé), si les conditions de déclenchement et les modalités de transition sont publiquement documentées, si le dispositif est mentionné dans les contrats clients, et s’il a fait l’objet d’au moins un test de simulation conjoint entre les parties.

Catégorie dans le schéma JSON : publication. Horizon par défaut : 24 mois. Applicable à : entreprises.

Thèmes

Fiches connexes


Bibliothèque des engagementspub-011-operational-continuity-arrangementCC BY-SA 4.0